Échappé belle,

la comédie musicale inspirée des chansons de Beau Dommage

Vivre une chanson de Beau Dommage

Posté par Christian le décembre 16, 2007

Salut lecteur,

Tu trouveras ici le texte d’une comédie musicale. Les textes sont de moi, les chansons sont de Beau Dommage.

Je souhaite:

1) Avoir des commentaires (globaux, ici / spécifiques, selon la scène)

2) Trouver des personnes qui souhaitent la jouer, la monter, la produire, etc. Il suffit de me contacter.

Christian Roy

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Distribution

Posté par Christian le décembre 16, 2007

Rôles principaux (par ordre d’apparition)

Jean : Gars de la banlieue, nouveau tuteur de Marie-Chantale, il vient d’arriver en ville et de s’y installer. Âge : début vingtaine.

Marie-Chantale : Issue d’une famille aisée, Marie-Chantale n’a pas froid aux yeux. Elle est la meilleure amie de Ginette et sort avec Picbois. Âge : début vingtaine.

Ginette : Jeune femme riante, elle veut devenir danseuse professionnelle. Âge : début vingtaine.

Picbois : Il fréquente Marie-Chantale. Issu de la classe ouvrière, il est devenu un « boss » du quartier. Âge : début trentaine.

Patrick : Ancien « chum » de Ginette, il a dû quitter la ville à la suite d’un incident criminel. Après plusieurs mois au loin, il s’ennuie d’elle. Il est un grand ami de Picbois. Âge : début vingtaine.

Rôles mineurs

Le MOTARD : Un acolyte de Picbois

Le DÉBITEUR : Il doit de l’argent à Picbois.

Quelques personnages chantants (3-6) : buveurs, clients d’un bar, gardes du corps, etc.

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ACTE PREMIER : GINETTE

Posté par Christian le décembre 16, 2007


Les lumières dans la salle s’éteignent et un rond lumineux éclaire le devant de la scène. Le rideau est toujours fermé.

ACTE I, SCÈNE PREMIÈRE − JEAN

La musique du début de « Ginette » se fait entendre. Jean sort des coulisses et vient s’installer dans le rond lumineux. Juste avant le début des paroles de la chanson, il fait signe d’arrêter la musique. Il s’adresse aux spectateurs très lentement et gravement.

JEAN − Voici la triste histoire vécue, d’un gars tranquille, d’une fille perdue. Ils se sont connus un samedi soir, chez une amie où il était venu faire ses devoirs. Écoutez-les conter l’histoire.

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ACTE I, SCÈNE II − JEAN, MARIE-CHANTALE

Posté par Christian le décembre 16, 2007

Le rideau s’ouvre sur un sous-sol assez cossu où se trouve Marie-Chantale. Jean quitte le devant de la scène et va la rejoindre. Ils sont en train d’étudier.

MARIE-CHANTALE – Bon, c’tu fini là ?

JEAN – Ben, on vient juste de commencer…

MARIE-CHANTALE – C’est samedi !

JEAN – Tes parents m’ont dit que…

MARIE-CHANTALE – (Exaspérée) Je l’sais !

JEAN – (Il ne comprend pas.) C’est pas toi qui as passé l’annonce pour de l’aide ?

MARIE-CHANTALE – Pas vraiment, non. (Silence) Mais comme j’veux pas déménager…

JEAN – (Il fait signe qu’il comprend.) T’es pognée à faire des mathématiques avec moi un samedi soir. (Silence) Ben, au moins, t’as des parents qui se soucient de toi.

MARIE-CHANTALE – Non, ils veulent juste me caser pour que je fréquente des riches comme eux. J’leur ai dit que le samedi c’était le seul moment que j’avais de libre… J’pensais pas qu’ils allaient trouver un « tuteur » (Elle dit le mot avec dédain.) le samedi soir…

JEAN – Si j’suis là, ça doit pas être si difficile à trouver.

MARIE-CHANTALE – Y’en a sept qui ont refusé avant toi. (Ironique) T’es ben spécial.

JEAN – (Silence) Je viens d’arriver en ville, j’ai pas encore grand-chose à faire de mes samedis soir. Pis, j’aime mieux aider du monde que de regarder des chars dans un stationnement.

MARIE-CHANTALE – (Elle soupire.) Dire que tu pourrais être en train d’admirer mon char pendant que je danse comme une folle pis que je prends un coup.

JEAN – (Temps. Il pointe son livre.) On s’y remet ? Page 142.

MARIE-CHANTALE – (Elle ignore le livre.) Tu viens d’arriver ? Tu viens d’où ?

JEAN – D’un village de la Rive-Sud. J’habitais là avec mon p’tit frère, chez ma tante et mon oncle.

MARIE-CHANTALE – Tes parents sont morts ?

JEAN – (Il hésite, un peu gêné du manque de tact.) Ouais. Ça fait cinq ans. (Silence) On peut-tu changer de sujet pis se remettre aux maths ?

MARIE-CHANTALE – (Innocente) Pour que j’assimile bien ce que tu me dis, il faut que je te connaisse un peu, non ? Pourquoi t’es parti ? (Baveuse) Ton oncle t’a crissé dehors ?

JEAN – (Il rit.) Non, j’m’entends bien avec mon oncle pis ma tante. Ç’a l’air niaiseux, mais la vie sur une ferme, j’ai ben aimé ça. C’est juste pas là que je veux passer ma vie.

MARIE-CHANTALE – Pis t’as abandonné ton p’tit frère à campagne ? Avec les poules, les cochons pis les bœufs ? (Elle caricature le parler paysan.)

JEAN – (Long silence. Malaise.)

MARIE-CHANTALE – Qu’est-ce qu’y a ?

JEAN – L’autre raison pour quoi j’suis parti, c’est que mon frère est mort d’un accident de la route. Y’avait comme plus rien qui me retenait là-bas.

Parti un soir de mon village
Que l’autoroute découpe en deux
Parti en ville trouver d’l'ouvrage
Parti en ville pour trouver mieux

J’suis débarqué dans l’centre-ville
C’était la nuit mais tout brillait
J’ai loué une chambre à la semaine
Dans un hôtel tout en anglais

 

En ville personne possède sa terre
Tout l’monde travaille pour un plus grand
J’ai eu une job d’homme à tout faire
Dans un building à stationnement

 

Le soir j’allais dans les cafés
En passager d’un bateau ivre
Qui naviguait ent’ les deux rives
D’la rue St-
Denis

 

J’allais chercher le grand amour
Ou quelque chose qui pour l’heure
En aurait sinon la chaleur
Du moins l’contour

 

J’ai souvent pensé m’en aller
La ville était plus forte que moé
Mais j’étais bête et j’étais fier
Un jour, j’ai fini par m’y faire

 

J’ai fait d’mon quartier mon village
Où je r’connais les gens sa rue
On brise doucement de nos sillages
L’asphalte grise à perte de vue
Parti un soir de mon village

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ACTE I, SCÈNE III − JEAN, MARIE-CHANTALE, GINETTE

Posté par Christian le décembre 16, 2007

Ginette entre en trombe au sous-sol, à la fin de la chanson de Jean. Elle est habillée pour sortir.

GINETTE – Es-tu prête ? (Elle remarque Jean.) C’est qui, lui ?

MARIE-CHANTALE – J’peux pas y aller. Lui, c’est Jean. (Il salue timidement.)

(Marie-Chantale est un peu gênée.) Mon tuteur en statistiques.

GINETTE – Oh non ! J’ai des nouveaux souliers pis j’ai plein de nouveaux mouvements à te montrer. (Elle en fait deux ou trois, sur de la musique imaginaire en s’amusant et en criant.)

MARIE-CHANTALE – (Mi-blague, mi-jalousie) Arrête ça, t’as l’air folle. Tout le monde va penser que tu te cherches des clients. (Ginette fait un grimace. Marie-Chantale devient plus sérieuse.) J’ai pas oublié, c’est mes parents qui ont fait exprès. J’allais mettre ma nouvelle robe pour que Picbois la voie. (Jean devient très attentif.) Mais j’suis pognée ici… (Elle fait un signe vers Jean.) pis si mes parents apprennent que j’suis encore partie pis que j’suis pas restée avec lui… (Elle fait le signe de coupe-gorge.)

GINETTE – Ben… (Malicieuse) On peut l’amener avec nous autres d’abord. (Marie-Chantale fait signe qu’elle ne peut pas décider pour Jean.)

JEAN – J’pense pas que ce serait correct de ma part. (Il n’offre pas beaucoup de résistance.)

GINETTE – (Ginette, toute en séduction, s’approche de Jean et lui dit :) Sais-tu danser ?

(Jean fait non de la tête, Ginette claque des doigts et cela lance la chanson « Ginette »; les premières mesures sont instrumentales : pendant ce temps, Ginette tire Jean et lui montre à danser.)

MARIE-CHANTALE –

Voici la triste histoire vécue
D’un gars tranquille, d’une fille perdue
Il l’a connue un sam’di soir
Chez une amie où il était venu faire ses devoirs
Ecoutez-le conter l’histoire

JEAN –

Je l’ai connue un sam’di soir
C’est bien gravé dans ma mémoire
A m’a demandé “Sais-tu danser?”
J’lui ai dit non, est allée mettre un record
J’avais signé mon arrêt de mort

LES TROIS –

Refrain
Ginette, Ginette, Ginette, Ginette
Avec tes seins puis tes souliers à talon haut
T’as mis d’la brume dans mes lunettes
T’as fait de moi un animal Ginette
Fais-moi sauter dans ton cerceau


JEAN –

Dire que j’ai fait’ mon cours classique
J’me souviens plus à quel endroit
J’aimais ben les mathématiques
Mais grâce à elle j’étais content
J’savais comment compter les pas
Dans un cha-cha

LES TROIS –


Refrain

JEAN- (Plus troublé)

Refrain

(À la fin de la chanson, Ginette repousse Jean sur sa chaise et la musique s’arrête brusquement.)

GINETTE – Bon, on y va ?

MARIE-CHANTALE – Mets-en !

JEAN – Euh, j’suis pas habillé pour sortir.

MARIE-CHANTALE – J’vais te prêter un veston de mon père.

JEAN – C’est où ? C’est quoi, c’t’un bar ?

MARIE-CHANTALE – C’est la nouvelle place de mon chum. Quequ’part sur la Rive-Nord.

JEAN – Comment je vais retourner chez moi, après ?

GINETTE – J’vais te reconduire !

JEAN – J’sais pas danser.

GINETTE – Menteur.

JEAN – J’ai pas d’argent.

MARIE-CHANTALE – J’en ai pour douze.

JEAN – J’m’ennuie toujours dans ces places-là. Pas moyen de parler à personne, pis j’danse pas vraiment. (Les deux filles le regardent, comme s’il était un extra-terrestre.) O.K. Oui, vous deux, vous avez plein de bonnes raisons pour quoi vous voulez y aller. Mais moi, j’en ai pas. Donnez-moi que’que chose, une bonne raison. (Elles pensent, faussement réfléchies et graves.)

LES DEUX – C’est samedi soir !

JEAN – (Il sourit.) Correct. On y va. (Elles crient leur enthousiasme.)

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ACTE I, SCÈNE IV − JEAN, MARIE-CHANTALE, GINETTE et des figurants

Posté par Christian le décembre 16, 2007

Les trois personnages vont se changer sur scène en tenue de sortie et le décor va se transformer en bar. D’autres figurants les rejoignent au premier refrain et le chantent.

MARIE-CHANTALE –

A Montréal pis d’ins villages pis les villes
Ousqu’y a des clubs des bars salon ou ben des grills
On s’habille ben comme si c’était dimanche matin
C’est samedi soir

JEAN –

Si par hasard on est l’aut’ bord d’la clôture
Si on est l’genre qu’on appellerait contre-culture
On s’habille comme on peut pis on descend dans l’Vieux
C’est samedi soir

TOUS –

Le samedi soir c’t’ un miroir brillant dans le noir
Le samedi soir c’t’ un trente sous lancé d’ins airs
Pile t’as du fun, face t’en as pas
Même si tu perds, faut pas t’en faire
Tu te r’prendras la prochaine fois

MARIE-CHANTALE –

Combien d’épouses, combien de veuves du hockey
Regardent leurs frères pis leur maris d’vant la t.v.
Vider à deux une caisse de douze… Vas-y Lemaire !
C’est samedi soir

GINETTE –

Dans leurs gros chars qu’ont l’air de chattes en chaleur
Les gars sué coin d’rues font crier leurs moteurs
Pour dire aux autres qu’ils sont tout seuls ou bien plusieurs
C’est samedi soir

TOUS –

Le samedi soir c’t’ un miroir brillant dans le noir
Le samedi soir c’t’ un trente sous lancé d’ins airs
Pile t’as du fun, face t’en as pas
Même si tu perds, faut pas t’en faire
Tu te r’prendras la prochaine fois

JEAN –

Pendant c’temps-là des gens comme moi vont aux vues
En espérant trouver aut’ chose qu’un film de cul
Des films d’amour, des films de peur, on peut tout croire
C’est samedi soir

GINETTE –

Oublie tout ceux qui t’ont usé les nerfs hier
Surtout pense pas à journée plate que s’ra dimanche
Pour une soirée la semaine nous ouvre ses deux mains blanches
C’est samedi soir

TOUS –

Le samedi soir c’t’ un miroir brillant dans le noir
Le samedi soir c’t’ un trente sous lancé d’ins airs
Pile t’as du fun, face t’en as pas
Même si tu perds, faut pas t’en faire
Tu te r’prendras la prochaine fois

(Jean s’occupe des manteaux pendant que Marie-Chantale et Ginette vont s’asseoir à une petite table au devant de la scène. Jean reviendra plus tard.)

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ACTE I, SCÈNE V − MARIE-CHANTALE, GINETTE

Posté par Christian le décembre 16, 2007

Bruits de bar

GINETTE – (Complètement enthousiaste) Wow ! J’l’aime assez c’te toune-là ! On retourne-tu danser ?

MARIE-CHANTALE – (Essoufflée) Non, faut que j’m’assoie un peu. J’l’ aime c’te robe-là, est assez belle, mais a danse mal. (Elle se tourne vers Ginette, un peu exaspérée et jalouse.) J’comprends que tu veuilles y retourner, tout le monde te regarde. Tu devrais faire attention, les gars aiment pas trop ça les show-offs.

GINETTE – Je les regardais même pas. C’tait juste pour le fun…

(Silence de quelques secondes. Ginette semble un peu déprimée maintenant.)

MARIE-CHANTALE – C’est pas pire comme nouvelle place. J’me demande où est Picbois.

GINETTE – La musique est pas pire aussi. La bière est chère ?

MARIE-CHANTALE – J’sais pas. Moi, j’paye pas.

GINETTE – Y va bien Picbois ?

MARIE-CHANTALE – Les choses vont bien, ça l’air. Y m’en parle pas trop. (Le regard amoureux) Tsé comme y’est mystérieux… (Petit silence)

GINETTE (abruptement) – Pas de nouvelles ?

MARIE-CHANTALE – (Elle feint de ne pas comprendre.) Des nouvelles de quoi ?

GINETTE – Tu l’sais des nouvelles de qui…

MARIE-CHANTALE – Ah, Patrick. (Agacée) Non, pas de nouvelles. Tsé ben que j’te l’dirais si j’avais des nouvelles. Picbois non plus a pas de nouvelles. Tu devrais penser à autre chose. Ça fait six mois. Tu vas pas l’attendre toute ta vie, à un moment donné, faut que tu décides à plus regarder derrière toi. Regarde, moi, après ce qui est arrivé à Richard, j’ai ben pleuré, mais j’me suis trouvé quelqu’un d’autre. Quelqu’un de ben mieux en plus.

GINETTE – Je l’sais ben. Mais, on avait quequ’chose. Une étincelle… Y’me manque encore… Même pas une lettre… J’me sentais pas aussi toute seule avant.

MARIE-CHANTALE – Regarde ailleurs, allume d’autres feux. Y’a plein de gars.

GINETTE – (Avec dédain) Qui ?

MARIE-CHANTALE – (Elle pense, un peu surprise de la question. Elle voit Jean qui revient.) Jean, tiens ! Pis ça sera pas trop difficile en plus. À chaque fois que tu danses, y’arrête de cligner des yeux.

GINETTE – (Un peu morose) Ouain, ça me changerait de genre, en tout cas.

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ACTE I, SCÈNE VI −MARIE-CHANTALE, GINETTE, PICBOIS, DEUX GARDES DU CORPS

Posté par Christian le décembre 16, 2007

Jean prend place alors qu’arrive Picbois, suivi de deux gardes du corps derrière lui. On comprend ce qu’il fait comme « travail ». Les gardes du corps restent derrière et Picbois se poste derrière Marie-Chantale et parle près de son cou. Il va regarder Ginette un peu trop intensément.

PICBOIS – J’veux pas te faire de peine, ma Ginette, mais moi, c’est pas toi que je déshabillais des yeux quand vous dansiez.

MARIE-CHANTALE – (Rougissante, elle ne remarque pas le regard de Picbois.) Maudit fou. J’t’ai déjà dit d’arrêter de chéquer les serveuses quand je suis là…

PICBOIS – C’est plus fort que moi, j’en r’viens encore pas que tu m’trouves de ton goût. J’ai toujours l’impression que tu fais les yeux doux à un beau gars riche derrière moi. (Il pointe les gardes du corps.) Pour pas avoir l’air niaiseux, je r’garde les serveuses derrière toi.

MARIE-CHANTALE – La prochaine fois, je vais p’t’être me déguiser en serveuse, si tu te déguises en beau gars…

PICBOIS – J’vois que t’as mis ta belle robe. Voulez-vous retourner danser ?

MARIE-CHANTALE – (Elle s’aperçoit que Picbois regardait Ginette. Elle la fustige du regard et se retourne.) Pas vraiment. J’me suis ennuyée de toi. (Elle se retourne et se colle contre lui.) On pourrait peut-être retourner chez nous tout de suite.

PICBOIS – Ben, j’peux demander aux gars s’y veulent continuer l’party chez vous plus tard… (Il remarque Jean.) C’est qui lui ?

MARIE-CHANTALE – (Un peu impatiente) Laisse faire ça, c’est moi ta blonde ! (Elle roucoule à nouveau.) Ben non, j’voulais dire juste nous deux, dans ma chambre, en amoureux.

PICBOIS – C’est l’ouverture, Marie. J’peux pas repartir tu-suite pis laisser la gang. (Il apostrophe Jean, comme s’il le connaissait) On se connaît-tu ? Ta tête me dit quelque chose.

MARIE-CHANTALE – (Frustrée) Change pas de sujet ! Y s’appelle Jean. C’est mon tuteur de maths. Y vient d’arriver en ville. Tu le connais pas. (Elle le repousse.) Ça arrive-tu que j’passe en premier avec toi ?

PICBOIS – Marie, recommence pas ça icitte…

MARIE-CHANTALE –

Amène pas ta gang si t’es venu pour me voir
Laisse ta gang dehors pour une fois pour qu’un soir
J’veux pus veiller sa galerie
Avec douze de tes amis
J’ai le goût de m’ faire caresser
Viens donc dans chambre avec moi

J’chus tanné de les voir parler d’sports, parler d’chars
Laisse ta gang dehors pour une fois pour un soir
Ma mère s’endort de bonne heure pis est dure à réveiller
Viens pas m’faire accroire qu’t’a peur
Viens donc dans chambre avec moi

On a pus l’âge de s’pogner les mains toute la soirée
Des fois j’me demande si t’as peur de rester seul avec moé
Réponds-moé.

Chus tannée d’me faire embrasser dans le noir
Quand tes chums t’attendent sur le bord du trottoir
Chus tannée de m’faire accroire
qu’ça va changer demain soir
Yé temps d’te faire une idée
Viens-tu dans chambre avec moé ?

On a pus l’âge de s’pogner les mains toute la soirée
Des fois j’me demande si t’as peur de rester seul avec moé
Réponds-moé.

Chus tannée d’me faire embrasser dans le noir
Quand tes chums t’attendent sur le bord du trottoir
Chus tannée de m’faire accroire
Qu’ça va changer demain soir
Yé temps d’te faire une idée
Viens-tu dans chambre avec moé ?

Amène pas ta gang si t’es venu pour me voir (ter)

(Elle sort en furie, suivie de Picbois et des gardes du corps.)

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ACTE I, SCÈNE VII − JEAN, GINETTE

Posté par Christian le décembre 16, 2007

Jean et Ginette restent seuls.

GINETTE – Salut.

JEAN – Salut. C’était lui son chum ?

GINETTE – Oui. Ça arrive souvent.

JEAN – Avec les deux gorilles qui le suivent, elle est mieux de faire attention. J’en ai spotté une quinzaine avec le même uniforme pis les motos.

GINETTE – C’est juste des rumeurs, ça. Ils font rien de mal, pis lui, yé ben fin.

JEAN – J’ai entendu dire qu’y a du monde qui disparaissait pour des écarts de langage moins pire que ça. C’est pas des motos cheap qu’y a dans le stationnement. C’est du monde dangereux avec qui t’es chum..

GINETTE – (Elle est un peu contrariée.) C’est des préjugés, ça. Parce que le quartier est pas riche, aussitôt que quelqu’un a quelque chose de beau, ce serait parce qu’il l’a volé. Les gens s’entraident icitte, c’est toutte. Picbois m’a même offert une job pour danser ici, dans son bar.

JEAN – J’m’excuse, j’voulais pas te fâcher. (Silence) T’as accepté ?

GINETTE – Pas encore. C’est correct, j’voulais pas me fâcher non plus.

JEAN – Pourquoi tu te trouves pas une troupe ou tu fais pas des auditions pour des vrais spectacles ? Ici, (Il cherche ses mots pour ne pas être impoli.) c’est pas pire, mais c’est pas vraiment des connaisseurs. Y vont plus te regarder que te regarder danser si tu comprends ce que je veux dire. Tu devrais viser plus haut.

GINETTE – J’pense pas qu’j’sois assez bonne. J’suis pas allée dans les bonnes écoles.

JEAN – (Il sourit.) Là, c’est toi qui as des préjugés. C’est pas ton CV que les spectateurs vont regarder danser… T’es meilleure que pas mal que j’ai vues dans des shows ou à télé.

GINETTE – (Plus enthousiaste) Oui ? Tu penses ? (Silence) Peut-être que je devrais essayer… Mon rêve, c’est de vivre de d’ça quelques années, une carrière j’veux dire, pis de revenir ici, ouvrir une école pour les jeunes du coin.

JEAN – (Silence. Il la regarde.)

GINETTE – (Intriguée, mais pas intimidée.) Tu viens d’où ?

JEAN – (Il sourit encore.) Si tu te risques à une autre danse avec moi, j’peux te raconter ça.

GINETTE – (Elle sourit aussi de son audace.) Ok, on y va. Mais j’t’avertis, y’a plus de danger pour toi que pour moi… (Ils se lèvent pour gagner la piste de danse : Jean dansera très bien. Les figurants se joignent à eux.)

JEAN –

Je suis né sur la Rive-Sud
J’ai grandi sur la Rive-Sud

Bébé
Tout appris sur la Rive-Sud
Tout ce que je sais

Fait l’école sur la Rive-Sud
Fait l’amour sur la Rive-Sud
Bébé
Jamais quitté la Rive-sud
Jamais osé

J’ai perdu sur la Rive-sud
Ma musique et mes certitudes
Bébé
Samedi soir sur la Rive-Sud
Tout à gagner

Dans les bars de la Rive-Sud
Dans les bras de la solitude
Bébé
Vidéo-clubs et lits d’eau
Commandes à l’auto

TOUS –

Refrain

J’ai rêvé de la Rive-Nord
Inventé des montagnes et
Des mines d’or
Chevauché des rivières
Comme des chimères
À l’aurore
J’ai rêvé de la Rive-Nord
Imaginé des femmes et
Des météores
Dans le ciel de la Rive-Nord

JEAN – La nuit passe vite.

GINETTE – (Elle sourit.) Ouais, à l’heure qu’il est, j’ai pus vraiment le choix de te reconduire chez toi.

JEAN – (Il sourit.) Non, t’as plus le choix. (Ils s’assoient côte à côte sur un banc, comme dans une voiture dans laquelle Ginette est le conducteur.)

JEAN –


Soir de pluie sur la Rive-Sud
On roulait comme d’habitude
Tu entrais dans la lumière
Et j’ai osé
(Jean embrasse Ginette, elle lâche le volant et cela n’a plus d’importance.)

TOUS

Tous mes rêves sur la Rive-Sud
Les plus fous les plus absurdes
Bébé
Toute ma vie sur la Rive-Sud
À tes côtés

TOUS – (Jean et Ginette sont enlacés et regardent devant eux.)

Hé, Hé Hé Hé, Hé Hé Hé

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ACTE I, SCÈNE VIII – JEAN

Posté par Christian le décembre 16, 2007

Jean se sépare doucement de Ginette et revient au devant de la scène, comme au début. Le reste est noir.

JEAN – On est allé un peu partout, on a dansé comme des vrais fous en-dessous des boules faites en miroir. Mais, loin de nous, sans le savoir, au rythme des coups du picbois, notre histoire continuait. J’étais venu en ville la rage au cœur pour traquer le tueur de mon p’tit frère, mais dans’ brume c’est l’âme sœur qui m’avait trouvé. Pis là, j’savais pu trop par où m’en aller…

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